Saaspocalypse

Un récit des origines

Comment on en est arrivés là — et comment on en sort.

Où l'Internet est créé, l'ère du SaaS s'abat, quatre cavaliers s'élancent, et un nouvel Éden se bâtit une table Postgres à la fois.

Au commencement

Et Tim, fils de Berners-Lee, créa Internet.

En l'an de grâce 1989, sous les montagnes du CERN, un jeune scribe vêtu de NeXTcube noir traça trois lettres sur un rouleau : H, T, T, P. Et le Verbe fut hyperlié, et le Verbe fut libre.

Il ne parla pas de licences. Il parla de liens. Il parla de pages que tous pouvaient écrire et que tous pouvaient lire — et les anciens des grandes entreprises ne le comprirent point, car ils vendaient le logiciel dans des boîtes en carton, et ne virent ici aucune boîte.

Et il donna le protocole, afin que nul ne possédât la route. Et cela fut bon.

Un globe lumineux de nœuds étiquetés HTTP et HTML, s'élevant au-dessus des montagnes silhouettées du CERN à l'aube.

Web 1.0

L'âge des petits ateliers.

Et le peuple bâtit des pages personnelles, et y plaça ses chats, ses CV, sa poésie. Les enseignes au-dessus des ateliers disaient .html, .org, .net — standards ouverts, artisanat partagé.

Le logiciel s'achetait en boîte, ou s'écrivait par votre neveu, ou se téléchargeait depuis un forum à minuit en bas débit. Le directeur informatique était un magicien à pochette de CD, pas une file de procurement.

C'était petit. C'était brouillon. C'était, à sa manière, possédé.

Un village de petits ateliers sous un soleil doré, des enseignes .html et .org, des rouleaux librement échangés.

An de grâce 2000 et au-delà

Puis vinrent les cathédrales — et le loyer.

Et au premier jour du nouveau millénaire, Marc, fils de Benioff, descendit de sa montagne Salesforce avec une bannière qui disait NO SOFTWARE. Le peuple se réjouit, car il n'avait plus rien à installer.

Mais la bannière était une demi-vérité. Il y avait bien du logiciel — seulement il était à lui, pas à eux. Et chaque siège était une dîme. Et chaque année, la dîme montait, et le contrat grandissait, et les intégrations se multipliaient, et la donnée était retenue dans des cités de tours de verre sous des orages de renouvellement.

À la vingt-troisième année, l'entreprise mid-market moyenne priait au pied de deux cent onze de ces tours. Et quatre-vingt-dix fonctions sur cent restaient fermées, prenant la poussière sur l'autel.

Des tours d'entreprise en verre sous un ciel d'orage rouge, une grande horloge marquant RENOUVELLEMENT au sommet de la flèche centrale, des processions de figures gravissant les marches, factures en main.

Chapitre quatrième

Et du désert s'élancèrent quatre Cavaliers.

Annoncés par le craquement d'un devis de renouvellement, quatre cavaliers émergèrent à l'aube. Chacun portait une arme différente. Chacun chevauchait contre un démon différent. C'était la Saaspocalypse.

Quatre cavaliers héroïques émergent d'un désert à l'aube, chacun portant une arme distincte ; derrière eux, une cité de tours de verre se fissure.
I

L'Auditeur

Incarné par David Geismar

Arme
Une loupe et un rapport d'usage à 90 jours.
Démon abattu
Le shelfware — les 90 % de fonctions que personne n'ouvre.

Le premier cavalier monta un cheval nommé Découverte. Avec sa loupe, il lut chaque connexion, chaque clic, chaque bouton silencieux — et il retira du contrat tout ce que l'équipe n'avait jamais touché. Là où il avait chevauché, le devis de renouvellement était divisé par deux.

II

L'Architecte

Incarné par Jasbir Singh

Arme
Un marteau de TypeScript et un ciseau de SQL.
Démon abattu
Le vendor lock-in — le format propriétaire, le workflow non portable.

Le second cavalier monta un cheval nommé Postgres. Il fit sortir de la poussière des tables, des index et des state machines. Il grava les workflows dans du code qu'on pouvait lire en PR. Le format n'avait ni .twb, ni .twbx, ni reddition.

III

L'Opérateur

Un cavalier encore à nommer

Arme
Une clé à molette, un pager, et un RPO de 5 minutes.
Démon abattu
La panne de 4 h du matin qui vous coûte le renouvellement quand même.

Le troisième cavalier monta un cheval nommé Uptime. Il gardait la lumière allumée, les sauvegardes chaudes, le SLA honnête. Il répondait au pager pour que l'équipe ingé puisse dormir. Là où il avait chevauché, la status page était verte.

IV

La Libératrice

Une cavalière encore à nommer

Arme
Une clé et une clause d'auto-renouvellement déchirée.
Démon abattu
Le contrat qui vous piège dans le système même qui vous saigne.

La quatrième cavalière monta un cheval nommé Sortie. Elle remit les clés, le repo, la base. Elle rendit le contrat exit-friendly. Là où elle avait chevauché, plus aucun fondateur n'eut peur de lire l'email de renouvellement.

Et au huitième jour

Il y eut un nouvel Éden.

Et les entreprises descendirent des cathédrales, et plantèrent leurs bannières sur la vallée. Chaque bannière portait son propre logo, et à côté de chaque bannière se tenait un petit atelier, et dans chaque atelier tournait le logiciel qu'on avait demandé — et rien d'autre.

Les ruisseaux coulaient propres. Postgres, Next.js, Inngest — ennuyeux exprès. La facture de renouvellement cessa à jamais, et il y eut la paix dans la boîte mail.

Et les tours en ruine des anciennes cathédrales SaaS se dressaient à l'horizon, envahies par les vignes et les case studies, et le peuple ne se retourna point.

Une vallée verte à l'aube, de petits ateliers avec des bannières portant le logo de chaque entreprise, des ruisseaux propres qui la traversent, des tours d'entreprise en ruine envahies par la végétation au loin.